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Un peu plus de 100 jours après la magnifique campagne olympique, Olivier Krumbholz et son staff sont engagés dans une autre compétition majeure : l’Euro 2016 en Suède qui a bien débuté hier soir avec un large succès sur la Pologne (31-22) qui n’est pas pour autant une garantie absolue de qualification au tour principal.

La question est souvent posée aux joueuses mais finalement assez peu au coach. Es-tu monté sur ton nuage après les J.O. ?

Oui je suis monté sur les nuages mais depuis je suis redescendu car après le beau temps vient le mauvais temps puis après le mauvais temps arrive le beau temps. Je suis sorti des J.O soulagé. Un échec aurait fait mal et remis en cause le bien fondé du retour. Je suis revigoré. Si les méthodes ne sont pas toujours appréciées, je crois que l’on fait le travail.

Comment rebondir ?

C’est toujours compliqué de gérer un succès surtout lorsqu’il a été obtenu avec une mobilisation exceptionnelle. Ce n’était peut-être pas un exploit et la question qui demeure toujours concerne le potentiel réel de notre équipe. C’est un débat très important pour tout le monde, afin de bien nous évaluer et savoir ce que l’on doit faire. Derrière une campagne aussi riche en efforts et en émotions, c‘est toujours difficile de rebondir.

En quoi ce parcours olympique couronné d’une médaille d’argent peut influencer ta façon de coacher ?

J’aimerais bien surfer sur le coaching des J.O., avec un coaching apaisé, si on peut le qualifier ainsi, également très participatif. Mais en réalité la vraie question est comment on peut les aider dans l’instant ? Peut-on réellement les coacher de la même manière lors des 8 premiers mois de 2016 puis les 4 mois suivants ?

Alors ?

Les ressorts utilisés pour se préparer à la campagne olympique étaient assez simples, construits sur de la frustration, de l’envie du plaisir. Aujourd’hui je ne dis pas qu’on a tendance à brûler ce que l’on a encensé mais elles ont changé de statut et il faudra le gérer. Elles sont toutes installées plus haut qu’elles ne l’étaient auparavant. Les très bonnes joueuses ont désormais un statut de stars à défendre et celles qui s’interrogeaient sur leur niveau, ne s’interrogent plus vraiment. Cela peut faire du bien, apporter de la confiance et de la sérénité mais aussi conduire à moins d’humilité.

Les leaders du groupe sont là pour resserrer les rangs…

Allison Pineau et Alexandra Lacrabère ont par exemple dépassé le stade de douter après un match moyen. Elles ne remettent pas en cause leur niveau et sont capables d’enchaîner. C’est leur bénéfice de faire partie du gotha mondial. C’est aussi un défi permanent qui nécessite d’être en forme toute l’année avec les échéances importantes dans leur club. Pour les filles qui évoluent à l’étranger, il leur faut s’adapter à une demande en équipe de France qui peut être différente avec celles de leur club. Certaines joueuses ont besoin de plus de temps pour s’y remettre.

Quel objectif te fixes-tu sur cet Euro ?

Aucun. On peut sortir au 1e tour et ce serait une contre-performance. Cela peut aussi rigoler car le 2e tour paraît accessible. Comme disent tous les mauvais entraîneurs, on va prendre « match par match ». Si nous sommes présents au Tour principal avec au moins 2 points, il y aura débat.

Comment se situe cet Euro dans le cycle de l’olympiade ?

Ce n’est pas évident. Quelques-unes s’interrogent sur la 2e partie du cycle, après l’Euro 2018. Beaucoup s’inquiètent aussi sur leur lassitude éventuelle et leur état physique. Si toutes les filles sont venues en Suède, c’est bien qu’elle ont envie de faire une bonne compétition. Elles souhaitent poursuivre l‘aventure et elles pensent encore progresser. Les filles ont bien conscience du temps qui passe alors qu’elles n’ont pas encore gagné un titre ensemble. Il existe un petit chemin vers le titre et les plus anciennes veulent saisir toutes les opportunités

La réussite de Rio a t’elle fait évoluer ta relation avec les joueuses ?

J’ai pris un préparateur mental et il est là pour gérer un certain nombre de problèmes. Me concernant, je ne suis pas à l’affût et je ne recherche pas forcément une proximité. En revanche en matière de Handball, nous parlons d’égal à égal avec les plus anciennes. Pour les autres, la porte est toujours ouverte.

Et quand vous parlez Handball…
Le jeu, ce n’est pas nous le staff qui le jouons. C’est facile de dire : « vous allez faire ça. » Certaines filles ont encore une approche un peu naïve. Elles peuvent croire que les autres jouent bien car elles ont plus de liberté. Au contraire, elles ont fermé des portes pour ouvrir les bonnes. Il y a aussi le débat extrêmement complexe qui nous anime, entre le porteur et le non-porteur du ballon.

Quelles sont les équipes favorites pour cet Euro ?

Deux équipes – La Norvège et la Russie – se détachent et pas seulement par leurs résultats, mais par la technique individuelle des joueuses. J’ai beaucoup de respect pour ces deux équipes. Ce sont des écoles de formation totalement différentes et il existe forcément une 3e voie. Nous sommes par exemple battus à la course par les Norvégiennes. L’effort physique ne fait pas partie de notre culture. En Scandinavie prendre son vélo ou aller courir fait partie du quotidien. Nous ne sommes pas assez entreprenants et exigeants dans ce secteur : c’est de notre faute. J’ai regardé le match de rugby le week-end dernier entre la France et la Nouvelle-Zélande. J’ai appris que les Blacks avaient mesuré le terrain la veille, au centimètre près… Si la Nouvelle-Zélande domine le rugby, c’est qu’elle va plus loin que les autres dans certains secteurs. Dominer n’est pas le fait du hasard.

Source : Entretien du Lundi – Olivier Krumbholz : « J’aimerais bien surfer sur le coaching des J.O.»

Olivier Krumbholz : « J’aimerais bien surfer sur le coaching des J.O.»

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