Désormais Manager Général de l’équipe de France, Claude Onesta s’épanouit dans son nouveau rôle auprès de l’équipe de France masculine. À quelques jours de l’ouverture du Mondial, l’Albigeois se penche sur le fonctionnement du duo d’entraîneurs mis en place fin septembre.

Comment appréhendes-tu ton nouveau rôle de manager général ? Après 2 rassemblements, les fonctions de chacun se dessinent-elles clairement ?

Le rassemblement de novembre correspondait à une mise en place et à la prise de contact avec Guillaume Gille. Nous partions dans l’inconnu et il fallait trouver une forme d’équilibre. Nous avions un peu tâtonné lors de cette semaine intermédiaire. Depuis, du travail a été réalisé et nous sommes entrés dans une phase beaucoup plus précise dans la réorganisation qui est plus opérationnelle. Dans le même temps, le fait de me rapprocher des problématiques périphériques a clarifié les positions auprès des joueurs. Aujourd’hui je consacre plus de temps aux aspects logistiques, de communication et de marketing : trier, prioriser, accepter, refuser les demandes autour du Mondial 2017 qui sont bien plus nombreuses et complexes comparées à un championnat du monde à l’extérieur. Chacun comprend donc que je m’éloigne petit à petit du terrain et que ce domaine est l’exclusivité des deux entraîneurs.

Une telle compétition à domicile génère de la passion et une force de pression. Tes 15 années d’expérience t’aident-elles à prendre la mesure de l’événement et peut-être du poids sur l’équipe de France ?

L’interrogation majeure est d’être bien au rendez-vous de ce Mondial sans trop s’isoler au point de ne pas participer. L’équipe de France doit être présente mais il faut aussi savoir dire non. Ce n’est sûrement pas le rôle le plus facile. Passer du temps à arbitrer des petits conflits et rappeler en interne les obligations : je crois que je peux être facilement entendu dans ce registre. Si je peux réfléchir à ce qui m’a fait rester, c’est le sentiment de tenir ce rôle là car le Mondial a lieu en France. Si la compétition avait eu lieu à l’étranger, serais-je encore là ? Je n’en suis pas certain. Nous avons réussi nos compétitions à l’issue de préparations réussies. Ma vigilance se porte là-dessus : permettre à l’équipe de se préparer de la meilleure façon. Il faut s’extraire de cette passion, de la médiatisation et de toutes les sollicitations qu’elle génère. En même temps il ne faut pas se couper de l’environnement afin de bénéficier de la passion et de l’engouement, en faire un carburant.

Lors de ce 2e rassemblement, le duo formé par Didier Dinart et Guillaume Gille a t’il pris ses marques ?

Leur fonctionnement va se réguler au fil du temps. J’ai le sentiment qu’ils sont très associés et pas uniquement par convenance : ils ont besoin l’un de l’autre et ils se rassurent ensemble. Ils se situent dans un rapport permanent qui favorise l’échange et la discussion. Le binôme est fonctionnel et deviendra performant. Ils ne sont plus du tout dans la recherche de qui est le chef ou le sous-chef. Ils se sont répartis les rôles de façon fonctionnelle et cela se ressent dans leur relation avec le reste du staff. J’ai remarqué que dans la gestion des moments de prise de parole, il n’y a pas de hiérarchie. De toutes les façons, si on passe son temps à jouer sur des rapports de pouvoir et de territoire, c’est au détriment de l’efficacité. Voilà, pour résumer, je dirais qu’ils sont complices avec de la confiance entre eux. Alors que m’étais préparé à être intrusif, les quelques doutes que j’avais sont en train de disparaître.

Décider à trois, n’est-ce pas un risque de dilution de l’autorité et un obstacle à la prise de décision rapide ?

Tant que l’on n’a pas vécu la tempête, on ne le sait pas ! Aujourd’hui, je ne participe plus aux décisions sur le plan sportif et technique, à commencer par la sélection des joueurs. Les choix sont effectués par Didier et Guillaume. Plus qu’il y a un mois ou deux, c’est très clair pour moi. Cette position me permet d’avoir une vision beaucoup plus extérieure. Et si en cours de route, cela semble nécessaire, je saurai mettre mon autorité dans la balance.

La 2e place sur les J.O. 2016 peut-elle être utilisée comme une démarche de revanche ?

Nous avons toujours été conscients que nos adversaires jouaient aussi bien que nous et étaient capables de nous malmener. Le doute ne nous a jamais quitté. Il ne génère pas nécessairement de la peur et de la paralysie, au contraire de la vigilance et de l’attention. Nous parlons peu de la défaite en finale olympique. Ce match là n’est pas encore digéré et je ne suis pas sûr qu’il le soit un jour. On ne peut pas pour autant passer sa vie à ruminer : chacun va utiliser ce vécu là et se dire que cela ne doit plus arriver car c’est trop douloureux. Cette équipe est en construction avec des joueurs très expérimentés et d’autres qui ont très peu de vécu. Cette défaite a sûrement généré de la souffrance chez les anciens et fait naître peut-être chez les jeunes le sentiment d’avoir raté ce que leurs prédécesseurs avaient réussi.

La courte victoire à Liège, face à la Belgique (38-37), obtenue dans la douleur constitue t-elle une alerte ?

Cela reste une péripétie car l’enjeu était peu important, à la fin d’une semaine internationale à ce moment de la saison qui est plus vécue comme une contrainte par les joueurs. Dès lors où les joueurs n’ont pas mis tous les ingrédients face à des adversaires qui jouaient dans une espèce d’euphorie et de réussite, il est difficile d’en tirer des enseignements majeurs. Pour autant, ce match nous a montré que la supériorité numérique, que nous avions déjà vécue à Rio, allait sûrement donner des idées à nos futurs adversaires. Plus qu’une hypothèse, cette tactique pourrait devenir permanente. À Capbreton, le groupe a beaucoup travaillé sur cette option.

Tu étais responsable du site de Toulouse lors du Mondial 2001. Quels souvenirs en conserves-tu et quels bénéfices en avais-tu retiré avant de basculer sur l’équipe de France ?

C’est pour moi un fabuleux souvenir. Ce fût un moment passionnant avec la mobilisation des bénévoles, l’organisation et la gestion de la logistique. L’histoire s’est bien terminée et avait généré de la passion et de  l’engouement. Cette mobilisation nous avait vraiment amené à devenir meilleur et elle nous profite aujourd’hui. Le contexte a changé et le Handball en France a changé. En 2001 nous avions fonctionné avec une organisation en interne à la fédération avec pour l’essentiel des gens de la maison qui dirigeait la manœuvre dans les sites. Cette fois, le site de Toulouse n’est pas impliqué par le manque d’engagement des décideurs politiques locaux et je suis déçu car je crains que le Territoire souffre d’un manque de proximité avec l’événement.

Cette fois la FFHandball a fait le choix de confier l’organisation à la société Kénéo…

L’organisation est totalement externe avec une sous-traitance et l’arrivée de professionnels qui ont une capacité à organiser bien mieux que nous avions su le faire à l’époque. Je dirais qu’autrefois nous organisions pour les Handballeurs alors qu’aujourd’hui c’est pour un périmètre plus large afin d’attirer des gens qui ne sont pas encore conquis. Par moment, ces professionnels ont un manque de connaissance du milieu de Handball et cela ne pas rend pas toujours simple le fonctionnement. Alors de temps en temps, il faut faire en sorte de limiter la distance entre eux et nous.

Il y a deux semaines, tu étais présent à Paris pour accueillir l’équipe de France féminine au retour de Suède de l’Euro. Comment apprécies-tu leur répétition dans la performance ?

Aujourd’hui je suis de moins en moins un technicien et de plus en plus un dirigeant dans l’esprit, un professionnel de l’activité. Je me sens plus concerné par la construction que par la rentabilisation. À titre personnel, je me situe dans une phase de transition et je m’interroge sur ce que sera la place de l‘équipe de France dans la politique de la FFHandball, cela vaut pour les filles et pour les garçons. Bien évidemment, j’ai apprécié le parcours des filles au Brésil et en Suède mais ce qui m’intéresse le plus c’est bien la passion que cela peut générer et la structuration à réaliser afin que le Handball reste un sport dominant, sans être complément dépendant des performances. Le Handball a atteint un niveau de notoriété inimaginable il y a encore 10 ans. Aujourd’hui nos têtes de gondoles apparaissent dans des pubs TV et des nouveaux partenaires nous rejoignent.  Cet engouement pour le Handball français est sûrement dû aux résultats alors si nous perdons en efficacité, il faudra éviter de retourner dans l’ombre comme il y a 25 ans. Des projets structurants comme la maison du Handball vont en ce sens.

Tu es le premier invité de l’Entretien de Lundi en 2017. Quels sont tes vœux pour cette nouvelle année ?

Je souhaite que notre Handball continue à grandir et à se développer, à montrer l’efficacité du développement par la masse. Nous devons aspirer à être plus nombreux mais surtout à fidéliser car c’est cela qui a du sens. Je souhaite aussi que notre discipline continue à être l’un des meilleurs sports français et véhicule des messages de fraternité. Dans nos sociétés, les gens ont parfois tendance à s’isoler, à se protéger et à rejeter. Le monde sportif repose sur des valeurs où la notion de partage, d’écoute, d’échange et d’insertion prennent tout leur sens. Les différences génèrent la complémentarité et la modernité. Comme le disait Isaac Newton « on construit trop de murs et pas assez de ponts ».

Enfin, as-tu commencé à collectionner les vignettes de l’album Panini consacré aux équipes de France ?

Je ne compte pas grimper dans les tribunes de l’AccorHotels Aréna pour les échanger (rires). Autrefois ces produits là existaient pour d’autres. Même si ce n’est pas fondamental, c’est une preuve supplémentaire du chemin parcouru par le Handball français.

Source : ENTRETIEN DU LUNDI – Claude Onesta : « il fallait trouver une forme d’équilibre »

Claude Onesta : « il fallait trouver une forme d’équilibre »

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